L’Alsace « quel beau jardin » s’était exclamé le Roi Soleil du haut du Col de Saverne en contemplant la plaine, avec ses vergers en fleurs ceinturant les villages, ses arbres parsemés dans une campagne aux cultures diversifiées. Les arbres « haute-tige » font partie du label de beauté échu naguère à l’Alsace, ils fleurissaient le printemps, coloraient l’automne, et les fruits se savouraient jusqu’en hiver.

Aujourd'hui, notre campagne est en passe de devenir, pour raison d’agriculture intensive et industrielle, désertique de tout arbre, haie ou futaie, et quasiment uniforme. Les arbres bordant les routes sont jugés dangereux voire responsables des accidents et sont sacrifiés. Souvent aussi les lotissements sonnent le glas des plus belles parcelles de vergers, d’autres sont partiellement ou totalement à l’abandon. La haute tige est réputée moins fragile, très peu sujette aux attaques et aux maladies, donc ne nécessitant pas ou peu de traitements, en effet les plantations fruitières modernes ne sont pas plus naturelles que les autres cultures de plein champ. Pourtant il n’est pas encore trop tard: il peut encore être judicieux de réagir et de sauvegarder l’essentiel, d’inverser la tendance en replantant quelques arbres.

Dans quel but ? Tout d’abord, en automne, pour pouvoir déguster ses propres fruits. Certes aucune récolte n’est garantie, mais leur saveur et surtout la facette « produit naturel » est une raison suffisante et valorisante. En cas d’abondance certaines variétés se conservent très longtemps (anciennes ou nouvelles) d’autres alternatives existent bien sûr : jus de fruits, congélation, conserve et séchage.
Depuis la nouvelle loi du 1/1/2003, la distillation peut également redevenir attractive. Cette modification suite aux incessantes interventions des producteurs de fruits auprès de nos élus, permet au propriétaire d’un verger de distiller sa propre récolte avec une réduction de 50% sur les 10 premiers litres.
N’oublions pas enfin nos amis les oiseaux, dont les vergers présentent les derniers havres de paix et de sécurité. Ils sont incapables de voler sur des grandes distances, et ne trouvent plus d’abri adéquat dans nos campagnes dénudées. Nos vieux arbres et nichoirs sont leurs derniers refuges, de plus ils nous récompenseront par leur lutte contre les insectes, les pucerons et leur beauté naturelle et leur chant.
Dans l’hypothèse la moins pessimiste nous arriverons à ce que des élus (au delà des Grenelles à but électoral) conscients du problème, subventionnent aussi la plantation de haies, d’arbres, de prés ou la protection d’oiseaux ou des abeilles. La ceinture verte autour d’un village évite aussi en partie les désagréments des coulées de boue qui arrivent de plus en plus fréquemment.
Au début était l’homme nature (cueillette), puis l’homme dans la nature (plantation, irrigation), l’homme et la nature (polyculture) et depuis quelques années l’homme contre la nature (monoculture, engrais et pesticides en grosses quantités).

Il est évident que chacun peut disposer à son gré de son lopin de terre, y planter ou arracher selon sa volonté, mais il devient primordial de planter dans la perspective non pas uniquement de récolter mais aussi de préserver. Phrase attribuée entre autres à un chef indien « La Terre nous ne l’héritons pas de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants ».
Message transmis par Paul Schini